Une conférence terre à Terre

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Au siècle dernier (circa 1900), des pédologues russes ont développé une théorie de l’évolution en apparence différente de celle proposée par Darwin (1859). Leur théorie, méconnue en Occident parce qu’écrite en russe, proposait que la sélection naturelle privilégie davantage les organismes ‘altruistes’ que les individus ‘individualistes’, bien qu’ils puissent être les plus forts et les mieux adaptés à leur environnement. Ainsi, ce serait donc les organismes qui aident les autres organismes  à créer ensemble un meilleur environnement pour la survie de la communauté, qui survivraient le mieux. Pas surprenant que cette vision ait émergé dans le monde communiste plutôt que dans le monde capitaliste!

Avec de telles idées ‘révolutionnaires’, la table était mise pour que le docteur Rock Ouimet, ingénieur forestier et pédologue au Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, capte et retienne l’attention de son auditoire à la récente soirée-conférence de la Société Provancher intitulée Evolution de la biosphère: que nous apprennent les sols?

La théorie des pédologues russes a mûri au sein d’une communauté de scientistes s’intéressant aux transformations biogéochimiques de la mince couche de sol sur laquelle nous vivons. Elle s’apparente étrangement à l’hypothèse de Gaïa qui concerne quant à elle la Terre entière!

Selon James Lovelock (1970), la Terre serait un système intelligent, s’autorégulant et ayant permis l’expression de la vie sur notre planète. Selon cette théorie, l’existence de chaque être vivant serait régulée au profit de l’écosphère.

Notre conférencier n’a pas cherché à nous convaincre de quoique ce soit. La résistance de la salle lui aurait rendu la tâche impossible comme on a pu en juger par les nombreuses questions qui lui ont été posées à la fin de sa présentation.

Son message à retenir est donc le suivant :
Dans le monde des sols,  les organismes 1) modifient les propriétés des sols 2) durant leur ‘recherche’ des ressources nécessaires dans l’atmosphère, l’eau, le roc géologique solide 3) en mélangeant ces environnements 4) pour se nourrir 5) et en produisant des déchets divers, 6) des déchets qui deviennent nourriture pour d’autres organismes, 7) et ainsi de suite.

Pas simples ces processus écologiques qui ont mené à la vie et la maintiennent dans ses organismes, sa biodiversité et son évolution… à moins que ce ne soit sa co-évolution? … qu’accommode la théorie de Darwin, soit dit en passant!

Jean-Luc DesGranges
Chercheur émérite, Environnement Canada

 

Pour les curieux qui veulent en savoir davantage sur le musée: 

http://музей-почвоведения.рф/en/

Les pédologues russes

Le russe Vassali Vassilievitch Dokoutchaiev (1846-1903) est universellement reconnu comme le père de la science des sols (partie supérieure vivante de la croûte terrestre) et à ce titre comme le premier pédologue. La ville de Dokoutchaievsk en Ukraine porte son nom et Saint-Pétersbourg, où il a fait carrière, héberge un musée unique au monde présentant les différents types de sols, dont plusieurs ont été décrits par lui-même. Dokoutchaiev a exercé une profonde influence sur son élève Vladimir Vernadski, premier théoricien de la biosphère.

La pédologie est donc une science jeune dont l’étude concerne la formation et l’évolution des sols. Elle porte des diagnostics sur les types de sols, leur cartographie et leur dynamique afin d’en déduire des applications principalement en agronomie. Malheureusement, à la différence de l’eau et de l’air, le sol, cette interface d’une profondeur dépassant rarement le mètre, n’a pas le statut d’un bien commun qui lui garantirait une gestion plus durable et davantage écosystémique à l’échelle mondiale.

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