Atelier de transfert de connaissances sur les habitats littoraux et la gentiane de Victorin

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Gentianopsis (Photo: A. Lachance)
Gentianopsis (Photo: Audrey Lachance)
Gentianopsis (Photo: A. Lachance)
Gentianopsis (Photo: Audrey Lachance)

Le 11 mai 2017, Mme Élisabeth Bossert, de la Société Provancher, a assisté à un atelier sur le transfert de connaissances sur les habitats littoraux et la gentiane de Victorin. Organisé par La Fondation québécoise pour la protection du patrimoine naturel (FQPPN), cet événement s’est tenu à St-Augustin-de-Desmaures. Mme Bossert présente ici un compte-rendu de l’atelier.

L’atelier était destiné aux personnes impliquées dans le projet mené de 2013 à 2015 par la FQPPN sur la gentiane de Victorin dans le cadre du Programme d’intendance des habitats des espèces en péril (PIH) du Gouvernement du Canada. Au total, 56 personnes dont 38 % sont des bénévoles ont été impliquées, ce qui constitue un exemple concret de science citoyenne. En 2013, 2014 et 2015, au cours de l’été, elles ont noté la présence de la fameuse gentiane dans la zone intertidale de l’estuaire d’eau douce à saumâtre du fleuve Saint-Laurent.

La gentiane de Victorin (Gentianopsis virgata subsp. victorinii) est une plante endémique à cette portion de l’estuaire. Dans le monde entier, elle peut seulement être observée sur les rives du St-Laurent, entre Deschambault-Grondines et Saint-Jean-Port-Joli, soit le long d’une bande d’environ 300 km de rivage. Elle est désignée comme étant une espèce menacée tant par la législation québécoise que fédérale. Cette jolie plante mauve a une fenêtre très courte de floraison à la mi-août, ce qui rend son inventaire particulier.

Pour l’intérêt des membres de la Société Provancher, il est à noter que la gentiane de Victorin a notamment été répertoriée par des bénévoles sur le territoire de la Réserve naturelle du Marais-Léon-Provancher, à Neuville.

L’atelier visait à faire connaître les résultats de ce projet d’acquisition de connaissances. Dans un premier temps, les attributs des habitats littoraux de l’estuaire du Saint-Laurent ont été présentés ainsi que les données de suivi des occurrences et d’identification des menaces aux  habitats. Ces données se retrouvent dans le rapport du projet disponible à l’adresse suivante : http://www.coop-ecologie.com/portfolio/actions-diverses-sur-la-gentiane-de-victorin/.

Ensuite, les participants ont discuté par petits groupes des menaces et perturbations observées ainsi que des mesures potentielles de protection. Les enrochements, les murs de soutènement, le remblayage, le fauchage, la cueillette, la présence de plantes envahissantes et de débris végétaux, la fréquentation des sites par des véhicules tout-terrain, le piétinement anthropique, la construction de rampes d’accès à l’eau sont autant d’exemples de menaces pour l’espèce.

Par ailleurs, il a été intéressant de connaître les résultats de la caractérisation de la zone côtière faite dans dix occurrences. Ce travail a été exécuté en collaboration avec le Laboratoire en géoscience côtière de l’Université du Québec à Rimouski.

La zone côtière se définit comme l’espace de transition entre les milieux terrestre et marin, plus précisément, la zone d’influence du milieu marin sur le milieu terrestre. Cet espace de transition est l’hôte d’écosystèmes de grande valeur écologique, notamment les marais intertidaux. Ils abritent une variété d’espèces endémiques dont plusieurs sont menacées de disparition ou susceptibles de le devenir. C’est le cas de la gentiane de Victorin qui croît dans la portion supérieure des marais intertidaux, un habitat qui est fortement influencé par la dynamique côtière.

Les résultats de la caractérisation de la zone côtière nous informent que les conditions hydrodynamiques sont propices à l’établissement ou au maintien de la gentiane de Victorin sur au moins 37,6 km de rivage linéaire côtier à l’échelle de l’estuaire d’eau douce à saumâtre, et ce, peu importe le type de côte. Les occurrences se trouvent en majorité sur le littoral de côtes très basses. Également, les analyses révèlent que la présence d’artificialité caractérise le quart des côtes des dix occurrences de gentiane de Victorin ciblées. Alors que la présence d’artificialité et de falaise à la côte constitue des contraintes de migration vers les terres de la zone littorale dans un contexte de hausse du niveau marin relatif, 38 % de l’habitat de la gentiane apparaît vulnérable au coincement côtier (coastal squeeze). Finalement, l’analyse de l’état des côtes indique que 40 % des rives sont instables et présentent des signes d’érosion.

En après-midi, les participants à l’atelier ont fait un retour sur les résultats des inventaires et discuté de la poursuite des inventaires en 2017 et en 2018. Des connaissances de base sur la gentiane demeurent à acquérir, car la répartition de la plante est erratique et sa reproduction méconnue. L’identification du potentiel de migration des occurrences de la gentiane de Victorin devrait être privilégiée. Pour que des mesures concrètes de protection ou de restauration de cette espèce soient mises de l’avant, il y a tout un éventail de connaissances à intégrer.

Les participants se sont dits prêts à poursuivre l’évaluation visuelle et le dénombrement des plants de gentiane de Victorin ainsi que l’identification sur carte des menaces et perturbations. Leur rôle les amène également à parler de l’espèce et de son habitat dans leur communauté, ce qui est un apport inestimable à la conservation de l’espèce à une échelle plus locale.

Cette journée de transfert de connaissances a été habilement préparée et animée par la Fondation québécoise de protection du patrimoine naturel. Mmes Michèle Dupont-Hébert et Marie-Noëlle Juneau de cet organisme ont bien présenté ces travaux sur la gentiane de Victorin avec l’aimable collaboration de Mme Audrey Lachance du Bureau d’écologie appliquée (BEA). Elles ont utilisé une formule participative dont il faudrait s’inspirer pour le transfert de connaissances reliées aux territoires gérés par la Société Provancher.

Élisabeth Bossert, pour la Société Provancher

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