Le premier Bar des Sciences de la Société Provancher : le 9 novembre 2017

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Thème de la soirée : L’HOMME EST-IL VIOLENT PAR NATURE?

Le jeudi 9 novembre 2017 a eu lieu le premier « bar des sciences » de la Société Provancher. Cette formule est donc une première pour notre organisme qui veut rejoindre ses membres et son public dans une ambiance décontractée et interactive. Ainsi, par une belle soirée d’automne, 63 personnes se sont présentées à la brasserie artisanale La Korrigane, située dans le quartier St-Roch, à Québec, pour participer à cet événement et pour débattre d’une question d’actualité, sous un aspect toutefois original. La salle était bien remplie et l’ambiance très décontractée. En effet, pour comprendre un peu mieux, si oui ou non, l’Homme est un être violent par nature, nous avons réuni trois personnalités spécialisées dans des domaines très différents, où la violence y joue un rôle important. Il s’agit de :

• M. Cyrille Barrette, biologiste-évolutionniste « darwinien », professeur à la retraite de l’université Laval;
• M. Luc Durocher, professeur de criminologie au Collège Ahuntsic de Montréal;
• M. Félix Aubé Beaudoin, philosophe de la biologie, doctorant de l’Université Laval.

L’animation de la soirée a été superbement assurée par Mme Valérie Borde, journaliste scientifique. Après avoir présenté nos trois invités, elle a introduit la suite en posant la question suivante : pour être aussi violent, y a-t-il quelque chose de « fondamentalement pourri » chez l’Homme?

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Luc Durocher, Cyrille Barrette, Félix Aubé Beaudoin, invités au bar des Sciences, 9 novembre 2017. Photo: Pierre Fontaine.
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Bar des sciences 9 novembre 2017. Photo: Pierre Fontaine
Définition de la violence

Réduite à sa plus simple expression, la violence se résume à l’abus de la force. Le Petit Larousse nous donne celle-ci : la violence est le caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit des effets avec une force intense, extrême, brutale.

Après s’être présenté au public, chaque spécialiste a décrit comment, à partir de sa formation générale et de son vécu, il perçoit le concept de violence chez l’homme.

Cyrille Barrette.
M. Barrette nous propose une version simplifiée de ses arguments. D’emblée, il répond OUI à notre question. La violence est omniprésente dans la nature, et elle l’a toujours été. Mais, elle apparaît sous bien des formes et à divers degrés d’intensité. Les êtres vivants sont le produit de la sélection naturelle ayant comme résultante ce que nous appelons l’évolution. Toutefois, parmi tous les êtres vivants existants ou ayant existé sur terre, seul l’homme a acquis une forme d’intelligence aussi complexe. Ainsi, on y reconnaît trois types d’intelligence : animale, culturelle et humaine.

Intelligence animale. C’est celle inscrite dans nos gènes. Elle explique notamment les comportements de base, tels que la survie, la reproduction, la différence de taille entre mâles et femelles, la libido plus grande chez le mâle. De façon générale, le mâle est plus violent que la femelle. La finalité de ce comportement est la survie de l’individu, par le passage des gènes à la prochaine génération.
Intelligence culturelle. Elle explique le besoin de croyance (les religions en sont le meilleur exemple), la dimension artistique de l’Homme, mais également la puissance de l’autorité, de la domination et de l’argent. Ainsi, le mélange des intelligences animale et culturelle peut avoir des conséquences funestes (p. ex., Hitler).
Intelligence humaine. Elle permet de nager à contre-courant. On peut ainsi inventer des moyens pour tempérer les comportements extrêmes résultants du mélange des deux premières intelligences. Alors, ce mélange pourra être des plus bénéfiques. Nous ne sommes pas esclaves de notre nature. Nous pouvons l’apprivoiser à notre profit. La médecine est un bel exemple de l’altruisme humain, et ce, depuis des siècles. De même, les lois et règlements que nous avons mis en place illustrent l’intérêt de l’humanité pour favoriser l’intelligence humaine.

Luc Durocher.
Il répond également OUI à notre question. Parmi les besoins primaires fondamentaux de l’être humain, il y a la survie et la reproduction. L’Homme a appris certains comportements pour y répondre. S’il ne peut les combler pacifiquement, il peut le faire notamment par la violence. Ce comportement peut être transmis pour devenir une caractéristique innée. L’Homme a développé un comportement qui le rend différent des autres animaux : l’empathie. Les criminologues mettent à profit ce comportement dans les thérapies offertes aux détenus violents.

Félix Aubé Beaudoin.
Tout comme le biologiste et le criminologue, le philosophe reconnaît que l’Homme peut être un être violent. Pour lui, de façon essentialiste, l’Homme a des traits physiques caractéristiques; c’est un être dit « intelligent »; il a des comportements à la mesure de cette intelligence; mais ses besoins fondamentaux doivent parfois être comblés par la force. Selon lui, la nature humaine est un concept « vide ».

Période de questions

Suite à cette mise en contexte, s’en est suivie une période de questions et d’opinions de la part du public, d’une durée d’une heure.

Plusieurs questions avaient pour thème la présence la violence dans notre société. La violence s’exprime-t-elle différemment chez la femme que chez l’homme? Par exemple, que penser d’un gouvernement dirigé par une femme telle que Margaret Thatcher, qui a été surnommée la Dame de Fer, par les Russes?

La violence est-elle associée aux gênes? La réponse de Cyrille Barrette serait NON. Elle peut être individuelle, collective, défensive. La violence semble insidieuse, car on peut la retrouver partout dans la nature, mais à différents degrés. Que dire de la violence lorsque l’instinct maternel est en jeu? Y aurait-il une « bonne » violence?

L’Homme semble devenir de plus en plus violent aujourd’hui dans un contexte religieux. Est-ce le cas? En regardant l’histoire de l’humanité, on constate facilement que la violence est au centre de tous les conflits qu’ils soient d’ordre religieux, social, économique. Et ce depuis… Adam et Ève. Caïn n’a-t-il pas tué son frère Abel de façon violente? Cependant, une lueur d’espoir a été présentée par M. Aubé Beaudoin en nous rappelant que plusieurs études scientifiques montraient que la violence diminuait au fil du temps.

Un petit débat sur la définition et le sens du mot ‘violence’ a provoqué une série d’interventions. Certains participants se sont questionnés sur les aspects sociaux comme incitatifs à la violence. Ainsi, quel est le rôle de la perception du « nous » par rapport à « eux » dans l’émergence de la violence? La violence prend plusieurs formes et divers degrés. Mais, elle est rarement une excuse pour accomplir les pires infamies survenues au fil de l’Histoire humaine. L’homme a le pouvoir de reconnaître sa nature animale et le pouvoir de s’en libérer.

À la toute fin de la soirée, les participants ont été appelés à se faire une idée personnelle de la question. Serait-ce que la violence est innée, mais modulée par l’intelligence humaine et les comportements sociaux émergeant de l’éducation et des perceptions véhiculées par la société?

Rédigé par Daniel Banville

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Marcheurs à la Réserve naturelle du Marais-Léon-Provancher. Photo: Yvanbedardphotonature.com