Ça continue de « brasser » pour les oiseaux marins au Québec

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Le 20 avril dernier, ce sont près de 80 membres de la Société Provancher et du Club des ornithologues de Québec qui ont assisté à la conférence organisée conjointement par les deux organismes pour souligner le centenaire de la Convention de 1916 entre le Canada et les États-Unis pour la protection des oiseaux migrateurs. M. Jean-François Rail, M. Sc., biologiste marin au Service canadien de la faune d’Environnement Canada a prononcé une conférence intitulée « Les refuges d’oiseaux migrateurs au Québec: Bilan de 100 ans de protection de nos oiseaux marins ». Il nous a d’abord rappelé comment la chasse de subsistance, une pratique courante avant la convention de 1916, avait été excessive et combien elle avait nuit à ces oiseaux vulnérables qui, pour la plupart, ne pondent qu’un œuf. Rappelons à cet effet le massacre complet, vers 1800, de la population du Grand Pingouin qui nichait principalement à l’île Funk au large de la côte nord-est de Terre-Neuve. À cette époque, dans les colonies du golfe du Saint-Laurent, on récoltait annuellement quelque 2,5 millions d’oeufs d’oiseaux marins (vendus 50 cents la douzaine), de même que plusieurs milliers d’oiseaux sur les nids (environ 75 000 individus par goélette de « pêche! »). C’était donc une activité très lucrative qui se compare malheureusement à celle de la chasse aux grandes baleines qu’on menait alors concurremment.

Bien que dès le début, la Convention de 1916 ait permis un rétablissement de plusieurs populations d’oiseaux marins coloniaux, les effectifs ont parfois connu des baisses appréciables au cours des dernières cinquante années. Toutefois, le braconnage existe toujours aux endroits éloignés de la Basse-Côte-Nord, mais patrouillés maintenant par un seul agent de protection! En outre, les interactions avec les pêcheries, telle que la diminution considérable des déchets de poissons rejetés à la mer attribuable à la baisse du nombre de pêcheurs côtiers (dont les goélands avaient grandement profité), de même que la multiplication des prises accidentelles d’alcidés dans les filets de pêche ont provoqué des déclins notables dans de nombreuses colonies d’oiseaux marins. Heureusement, une colonie, soit celle des îles Sainte-Marie (située dans le coude de la  Basse-Côte-Nord), et deux espèces, soit le Petit Pingouin et le Guillemot marmette se portent de mieux en mieux et nichent maintenant plus à l’intérieur de l’estuaire maritime du Saint-Laurent.

De surcroit, les colonies québécoises de Fou de Bassan ont fait l’objet d’une analyse plus poussée qui a révélé qu’au cours de la dernière décennie, les effectifs stratégiques de cet oiseau emblématique pour les Gaspésiens montrent des signes inquiétants qui seraient attribuables en partie à la baisse drastique des stocks de maquereaux dans le golfe du Saint-Laurent. Ce serait possiblement une autre conséquence faunique du réchauffement des mers consécutif aux changements climatiques planétaires actuellement en cours.

Présent à cette conférence, M. Gilles Chapdelaine, ancien mentor de M. Jean-François Rail au Service canadien de la faune, et pionnier du domaine de la recherche sur les alcidés au Québec, a remercié chaleureusement le conférencier avec qui il a parcouru à maintes reprises et de long en large les nombreuses îles du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent.

Jean-Luc DesGranges

Chercheur émérite, Environnement Canada.

Conférence de M. Jean-François Rail, M. Sc., biologiste marin au Service canadien de la faune d’Environnement Canada le 20 avril 2017 (Photo: Bruno Drolet)
Conférence de M. Jean-François Rail, M. Sc., biologiste marin au Service canadien de la faune d’Environnement Canada le 20 avril 2017 (Photo: Bruno Drolet)
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