Citoyens scientifiques, à vos applis!

La science citoyenne ou participative

Comme l’écrit Albert Jacquard1, « dire d’un être humain qu’il est un scientifique est pur pléonasme ». Autrement dit, nous sommes tous, par essence, portés à l’observation et au questionnement qui sont les fondements de la démarche scientifique. Et c’est sur cette curiosité naturelle que se base la science citoyenne. Aussi appelée science participative, elle désigne la contribution de citoyens bénévoles, quelle que soit leur formation ou leur profession, à la collecte de données pour des projets de recherche institutionnels. Si elle a vraisemblablement pris naissance autour du XVIIe siècle2, son véritable essor commence dans les années 1990, à la faveur du développement des technologies de communication numériques.

Populage des marais, dans le ruisseau Desrochers, Réserve naturelle du Marais-Léon-Provancher. Photo : Daniel Banville.
Populage des marais. Photo : Daniel Banville.

Le domaine de l’écologie se prête bien à cette activité, de par la vaste répartition territoriale des données qu’il serait long et coûteux de recueillir avec les moyens habituels des équipes de recherche. Les citoyens, de plus en plus soucieux des effets du changement climatique sur la biodiversité, y trouvent une façon agréable et instructive de contribuer à l’avancement de la recherche.

L’observation de la nature est une activité à la portée de tous. Qu’en est-il maintenant lorsque vient le temps d’identifier ce que nous observons, particulièrement en ce qui concerne la faune et la flore? Et ce, peu importe où l’on se trouve sur la Terre! Mais, plus que ça encore! Comment partager vos informations avec l’ensemble des observateurs de notre monde? Pour vous encourager à vous lancer, vous aussi, dans cette aventure, nous vous présentons deux plateformes de science participative, parmi les plus complètes et utiles à la conservation de la nature.

eBird : le monde des oiseaux

Cette base de données mondiale sur les oiseaux, disponible gratuitement dans une trentaine de langues, est LA référence pour tous les ornithologues amateurs.

Une fois votre compte créé, vous pourrez ouvrir votre première liste et commencer vos observations selon un protocole simple qui garantit la validité des informations. Une fois votre parcours terminé, vous soumettez votre liste qui viendra enrichir la base de données. Par la suite, toutes les listes soumises sont vérifiées par des ornithologues experts qualifiés par eBird.

La plateforme eBird est aussi conçue pour que vous puissiez vous y référer afin d’y trouver ce que vous cherchez. Par exemple, quelles espèces vivent dans telle zone? Où trouver une espèce en particulier? Comment la reconnaître? Etc.

Saviez-vous que la Société Provancher s’est basée sur les données d’eBird pour établir la liste des oiseaux de l’île aux Basques?

iNaturalist : la force de la communauté

La plateforme iNaturalist est un réseau d’envergure mondiale qui concerne la biodiversité au sens large. Absolument toutes les espèces vivantes observées dans leur milieu naturel, qu’elles soient végétales ou animales, peuvent être rapportées. Ce peut être par une photo de l’individu ou de sa trace, mais aussi par un enregistrement sonore.

Outre le logiciel de reconnaissance d’images qui permet d’identifier la plupart des espèces, ce qui fait la grande force d’iNaturalist c’est sa communauté de plusieurs milliers de contributeurs amateurs ou professionnels. Ces passionnés enrichissent chaque jour la plateforme de leurs observations, identifications et partages de connaissances.

Des organismes comme le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ) ou la Fédération canadienne de la faune (FCF) s’en servent pour3 :

  • mettre à jour la liste des espèces;
  • cartographier les aires de répartition;
  • suivre les déplacements des espèces migratoires;
  • évaluer les menaces et le niveau de précarité;
  • repérer les tendances des populations;
  • déceler l’impact des changements climatiques;
  • constater des changements dans les rythmes saisonniers ou dans la répartition géographique.

À votre tour!

Ces analyses constituent la base pour planifier et prioriser les actions de conservation et de réhabilitation. Les responsables de projets d’infrastructures les prennent de plus en plus en considération. Quelles que soient vos observations, elles pourraient avoir un impact majeur. Vous pourriez être le premier observateur d’une espèce non répertoriée ou historique au Québec!

Vous avez testé l’une de ces applications lors de votre dernière sortie en nature? Dites-nous comment ça s’est passé!

Voici les trois références suggérées ci-haut :

  1. Albert Jacquard. La science à l’usage des non-scientifiques. Calmann-Lévy, 2001
  2. Volny Fages. Participer à la science : l’enjeu de la production de connaissances du XVIIe siècle à nos jours. NOV’AE, 2021. ⟨hal-03511884⟩
  3. Webinaire CDPNQ et FCF

Katia Abdeladim, bénévoleSociété Provancher

Photo à la une : Madison Audubon

eBird :

  • eBird Québec est géré par l’organisme QuébecOiseaux en collaboration avec Oiseaux Canada;
  • Des tutoriels vidéos de prise en main sont disponibles;
  • Les listes régionales du Québec et du Canada sont téléchargeables pour un accès hors-ligne;
  • Lisez le guide des protocoles pour assurer la qualité de vos observations et soyez le plus précis et rigoureux possible ; des vérifications pourraient être demandées par les valideurs;
  • Bien que l’application mobile soit la meilleure option, il est aussi possible de prendre vos photos et de noter les détails dans un carnet, puis de les téléverser et transcrire sur le site Web, une fois de retour à la maison.

iNaturalist :

  • iNaturalist Canada est géré par la Fédération canadienne de la faune;
  • Les espèces sont classées selon la taxonomie et on peut choisir d’afficher leur nom scientifique ou leur nom commun;
  • Des guides détaillés sont disponibles.